Un commercial passe à l’atelier, montre une maquette sur sa tablette, et repart avec ta signature en vingt minutes. Le site est « offert ». Le loyer, lui, court sur 48 mois, et tu découvres trop tard qu’il est payé à une société financière que tu n’as jamais vue.
Ce scénario, c’est la DGCCRF qui le décrit dans une fiche dédiée. Pour choisir une agence web sans y tomber, regarde quelques points très concrets, bien avant le portfolio.
Avant de démarcher les agences, qu’attends-tu de ton site ?
Un plombier qui veut être trouvé dans sa ville et une boutique qui vend en ligne n’achètent pas le même produit. Si tu ne poses pas ton besoin par écrit, chaque agence te vendra le sien.
Une page suffit. Note ce que le visiteur doit pouvoir faire (appeler, demander un devis, réserver, payer), les pages voulues, qui écrit les textes et qui mettra le site à jour ensuite. Cette dernière ligne change tout le devis.
Envoie la même page à chaque agence. Tu compareras enfin des devis qui parlent de la même chose.
À qui appartiendront le nom de domaine et le site ?
C’est le critère que je mets en premier, et de loin. Le jour où tu quittes l’agence, tu dois partir avec ton adresse web et ton site, sinon tu repars de zéro, référencement compris.
- Le nom de domaine doit être enregistré au nom de ta structure, pas de l’agence. Demande à voir le compte chez le bureau d’enregistrement et vérifie que c’est toi le titulaire.
- Les accès administrateur du site (WordPress ou autre) te sont remis dès la mise en ligne, avec ton propre identifiant, pas un compte partagé.
- La cession des droits sur la maquette, le code et les textes livrés est écrite dans le contrat. Sans clause de cession, l’agence garde des droits sur ce qu’elle a créé.
- L’outil utilisé doit être standard. Un CMS « maison » te lie à vie au même prestataire.
Règle aussi les adresses mail. Une adresse à ton nom de domaine fait plus pro qu’une boîte gratuite, et notre guide pour créer une adresse mail sécurisée détaille les options. Vérifie qui gère les DNS, car une erreur à ce niveau donne vite une erreur DNS_PROBE_FINISHED_NXDOMAIN et un site injoignable.
Que doit contenir un devis qui tient la route ?
Un devis d’une ligne, « création site vitrine », ne te protège de rien. Un devis détaillé liste ce qui est inclus, et surtout ce qui ne l’est pas.
- le nombre de pages et les fonctions (formulaire, prise de rendez-vous, paiement)
- qui rédige les textes et combien d’allers-retours de corrections sont prévus
- le délai de livraison et ce qui se passe s’il glisse
- le prix de l’hébergement et du nom de domaine, séparé de la création
- le prix de la maintenance, au mois ou à l’année, et ce qu’elle couvre
- la réversibilité : comment tu récupères tes fichiers et ta base de données si tu pars
Hébergement et maintenance, la facture qui revient chaque année
La création se paie une fois. L’hébergement, le nom de domaine et les mises à jour reviennent tous les ans. Un WordPress jamais mis à jour finit par se faire pirater, donc fais écrire qui applique les mises à jour, à quel rythme, et qui fait les sauvegardes.
Et pose la question qui fâche : si l’agence ferme, où est hébergé ton site, et à quel nom est le compte ?
RGPD et accessibilité : l’agence doit-elle s’en charger ?
Le site est à ton nom, donc c’est toi qui réponds de ses manquements. Une agence sérieuse t’aide à les éviter.
Côté RGPD, attends au minimum des mentions légales, une politique de confidentialité, un bandeau qui demande vraiment l’accord du visiteur avant les cookies publicitaires, et des formulaires qui ne collectent que le nécessaire. Si l’agence héberge ton site ou reçoit les messages de tes clients, elle traite des données pour ton compte. Le RGPD impose alors un contrat de sous-traitance. Demande-le.
Côté accessibilité, l’Acte européen sur l’accessibilité s’applique depuis fin juin 2025 à plusieurs services, dont le commerce en ligne. Le site gouvernemental Mon Parcours Handicap précise que les très petites entreprises, moins de 10 salariés et moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, en sont exclues. Même exempté, un site lisible au clavier et bien contrasté sert tout le monde.
Comment repérer un contrat de location de site sur 48 mois ?
La DGCCRF décrit le mécanisme dans sa fiche sur la location financière. Le démarcheur fait signer en une seule visite. Le contrat est ensuite cédé à une société de location financière, qui encaisse les loyers jusqu’au bout, même si le site ne te convient pas, et sans option d’achat. La fiche cite la création de site internet parmi les exemples et donne une durée type de 48 mois.
Les signaux d’alerte :
- on te pousse à signer le jour même, sans laisser de copie à lire
- le site est présenté comme gratuit, mais un « loyer » ou un « abonnement » apparaît en petit sur le bon de commande
- un nom de société que tu ne connais pas figure sur les documents, à côté de celui du vendeur
- on te promet de racheter un ancien contrat en cours
Tout n’est pas perdu pour autant. L’article L221-3 du Code de la consommation étend une partie de la protection des consommateurs aux professionnels de cinq salariés au plus, quand le contrat signé hors établissement sort de leur activité principale. Dans sa réponse au Sénat du 11 juillet 2019, le ministère de l’Économie rappelle que ces professionnels ont alors 14 jours pour se rétracter. Le 6 janvier 2026, la Cour de cassation a confirmé une condamnation pénale d’un loueur sur ce terrain, pour des contrats qui visaient aussi des sites internet.
Tu es une association ? La règle vise les professionnels, fais vérifier ton cas par un juriste.
Les questions à poser au premier rendez-vous
- Le nom de domaine sera-t-il à mon nom, et pourrai-je le transférer seul ?
- Quel outil utilisez-vous, et un autre prestataire pourra-t-il reprendre le site ?
- Que comprend exactement la maintenance, et combien coûte-t-elle par an ?
- Où le site est-il hébergé, et qui fait les sauvegardes ?
- Puis-je voir des sites livrés il y a plus d’un an, et appeler ces clients ?
- Y a-t-il une société de financement dans le contrat ?
- Comment gérez-vous les cookies, les formulaires et l’accessibilité ?
La question 5 vaut de l’or. Un site d’un an montre si l’agence suit ses clients.
Et le prix, alors ?
Je ne te donnerai pas de fourchette. Je n’ai trouvé aucune grille publique fiable et récente, et les chiffres des blogs d’agences mélangent tout. Compare des devis à périmètre égal, en additionnant la création et trois ans d’hébergement et de maintenance. Le moins cher sur la première ligne l’est rarement sur trois ans.
Pour juger le tarif d’hébergement annoncé, notre article sur les offres de VPS gratuites montre ce qu’on obtient sans payer, et leurs limites.
Ce que tu fais cette semaine
Écris ta page de besoin, envoie-la à trois agences, et refuse toute signature le jour du rendez-vous. L’agence qui répond clairement aux sept questions est souvent la bonne, même si elle n’est pas la moins chère.
Questions fréquentes
Comment vérifier que le nom de domaine est bien à mon nom ?
Demande l’accès au compte chez le bureau d’enregistrement où il a été déposé et regarde qui figure comme titulaire. Ce doit être ta structure, pas l’agence. Si c’est l’agence, fais corriger avant de payer le solde.
Peut-on annuler un contrat de site internet signé chez soi ?
Si tu as cinq salariés au plus et que le site sort de ton activité principale, l’article L221-3 du Code de la consommation te donne en principe 14 jours pour te rétracter après une signature hors établissement. Envoie ta rétractation par lettre recommandée avec avis de réception et garde une copie.
Agence web ou freelance, que choisir pour une TPE ?
Les deux peuvent convenir. Les critères restent identiques : nom de domaine à ton nom, accès administrateur, cession des droits, maintenance chiffrée. Avec un freelance seul, demande en plus ce qui se passe s’il est indisponible plusieurs semaines.
La maintenance d’un site est-elle obligatoire ?
Aucune loi ne l’impose, mais un site jamais mis à jour devient une cible facile pour les pirates. Que tu la fasses toi-même ou que tu la confies à l’agence, prévois les mises à jour et des sauvegardes régulières.
Sources : DGCCRF, location financière auprès des professionnels démarchés · Sénat, réponse ministérielle du 11 juillet 2019 sur les locations financières







